Page:Sand - Antonia.djvu/76

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— Et quand vous auriez perdu une cinquantaine de mille livres, vous qui avez certainement plus de…

— Tais-toi ! Il ne faut jamais dire le chiffre d’une fortune. Quand ces chiffres-là sonnent dans l’air, les murs, les arbres, les pots à fleurs même, ont des oreilles.

— Ce chiffre est donc tel, que l’affaire de Sèvres eût été insignifiante, vous en convenez !

— Prétends-tu me faire passer pour un ladre ?

— Je sais que vous ne l’êtes pas ; mais je vais croire que vous êtes méchant, et que vous aimez à voir souffrir ceux que vous croyez hostiles.

— Eh bien, n’est-ce pas mon droit ? Depuis quand est-il défendu de se venger ?

— Depuis que nous ne sommes plus des sauvages.

— Alors je suis un sauvage ?

— Oui !

— Va-t’en, tu m’ennuies à la fin !… Prends garde que je ne me mette contre toi aussi !

— Je vous en défie.

— Pourquoi ça ?

— Parce que vous savez que, malgré vos travers, je suis la seule personne au monde qui ait un peu d’attachement et de dévouement pour vous.

— Tu vois bien ! Tu avoues que Julien me déteste.

— Faites-vous aimer de lui, ça vous fera deux amis au lieu d’un seul.

— Ah ! oui-da ! tu veux que je rachète la maison ! Eh bien, que Julien devienne orphelin, je m’occu-