Page:Sand - Antonia.djvu/83

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Thierry, répliqua Julie avec une indifférence que le richard crut de bon jeu et de bonne guerre.

— Enfin, reprit-il après un silence, quel serait le prix exigé par… ?

Marcel allait répondre. Julie, qui décidément n’entendait rien aux affaires, n’y prit pas garde et répondit ingénument :

— Oh ! cela, je n’en sais rien. Vous êtes connu pour un homme également habile et délicat ; vous fixerez le chiffre vous-même.

Et, sans faire attention au coup d’œil de reproche de son procureur, elle continua :

— Vous ne pouvez pas croire, monsieur Thierry, que ma visite à votre jardin ait eu pour but de vous faire marchander ma petite propriété. Je sais qu’elle peut vous convenir et vous savez probablement que j’ai des affaires embrouillées : ce n’est pas là une raison pour que nous ayons vis-à-vis l’un de l’autre des exigences outrées ; mais, avant tout, ma loyauté vous devait cette déclaration, que, pour un million, je ne consentirais pas à affliger madame votre belle-sœur, parce que je l’aime et l’honore particulièrement. Ceci posé, vous réfléchirez et vous viendrez me dire ce que vous aurez décidé ; car vous me devez une visite à présent, monsieur mon voisin, et je ne vous en tiens pas quitte, que nous fassions ou non affaire ensemble.

La comtesse se retira, laissant le richard ébloui de sa grâce ; mais, n’en voulant rien montrer à