Page:Sand - Antonia.djvu/87

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chée jusqu’aux larmes, et, comme Julien jouait assez bien son rôle pour que certaines craintes fussent dissipées, elle se laissa aller à faire l’éloge de Julie d’Estrelle. Son cœur était plein d’une reconnaissance qu’elle contenait avec effort depuis deux jours. La pauvre mère versa donc elle-même l’huile sur le feu.

Ce ne fut pourtant pas sans quelques retours de méfiance. Elle regardait Julien à la dérobée à chaque mot qui lui échappait, et, chaque fois, elle croyait le voir tranquille ; mais une révélation lui arriva. Comme elle disait à Marcel qu’elle ne voulait pas empêcher Julie de vendre le pavillon, et qu’elle ferait semblant de n’y pas regretter son logement, Julien se récria avec vivacité.

— Encore changer ? dit-il. Nous ne le pouvons pas ! Nous avons dépensé beaucoup, eu égard à nos moyens, pour nous installer ici.

— L’oncle y pourvoira, dit Marcel ; s’il vous fait déloger, je me fais fort, moi, de lui arracher…

— Mon cher ami, reprit Julien toujours très-animé, tu es plein de zèle et de bonté pour nous ; mais tu sais bien que ma mère répugne à tes démarches auprès de l’oncle Antoine, que tu les as faites un peu malgré elle, et que, s’il ne s’était agi de moi, elle s’y fût opposée formellement. Qu’elle ait tort ou raison de croire M. Thierry détestable, ce n’est pas à nous d’en juger. Je ferai, moi, dussé-je en souffrir, toutes les concessions possibles au singulier caractère de