Page:Sand - Antonia.djvu/92

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— Ainsi, s’écria le richard, la voilà qui refuse mes services, car c’était un service que je tenais à lui rendre, connaissant ses embarras, et j’y allais en ami, puisqu’elle m’avait traité en ami ! Ah ! vois-tu, Marcel, elle est hautaine, elle me méprise, et elle a menti en me disant qu’elle faisait cas de moi ! Eh bien, si c’est comme ça, je me vengerai. Oui, je me vengerai cruellement, et elle n’aura que ce qu’elle mérite, et, mort de ma vie, elle sera forcée de m’implorer !

Marcel examinait en silence la figure encore belle et passablement mauvaise du richard exalté.

— Quel est donc ce nouveau mystère ? se disait-il en scrutant ses yeux noirs, arrondis par le dépit qui en faisait jaillir de sombres flammes. La vanité blessée arrive-t-elle à ce délire ? Mon oncle serait-il à la veille de devenir fou ? Cette vie absorbée, solitaire, uniforme, était-elle au-dessus de ses forces, et cette bouderie tendue contre tout ce qui éclaire et réchauffe la vie des autres aurait-elle à la longue amené un désordre dans sa cervelle ?

Antoine reprit avec véhémence, sans faire attention à l’étude que Marcel faisait de sa personne :

— Je devine ce que c’est ! on veut que mes sacrifices profitent à madame Thierry. Eh bien, je me moque pas mal de mademoiselle de Meuil, moi ! Il y a longtemps que je n’ai plus pour elle ni rancune ni amitié. Qu’elle aille au diable, et qu’on ne m’en parle plus ! Je payerai le pavillon quarante mille livres, ou je ne l’achète pas. Voilà ma façon de penser.