Page:Sand - Cesarine Dietrich.djvu/95

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée

— Et que vous ne voyez réellement pas ?

— Et que je ne vois réellement pas.

— Tant vous êtes ébloui ?

— Tant je suis myope.

Césarine se leva avec un mouvement de colère qu’elle ne chercha pas à dissimuler. C’était le premier que j’eusse vu éclater en elle, et il me causa une sorte de vertige qui m’empêcha de trouver une parole pour sauver, comme on dit, la situation.

— Ma chère amie, dit-elle en me reprenant brusquement son éventail, que je tenais machinalement, je trouve ton neveu très-spirituel ; mais c’est un méchant cœur. Dieu m’est témoin qu’en lui donnant rendez-vous sous ce mimosa, je venais à lui comme une sœur vient au frère dont elle ne connaît pas encore les traits ; je voyais en lui ton fils adoptif comme je suis ta fille adoptive. Nous avions fait, chacun de son côté, le voyage de la vie et acquis déjà une certaine expérience dont nous pouvions amicalement causer. Tu vois comme il m’a reçue. J’ai fait tous les frais, je te devais cela ; mais à présent tu permets que j’y renonce ; son aversion pour moi est une chose tellement inique que je me dois à moi-même de ne m’en plus soucier.

Je voulus répondre ; Paul me serra le bras si fort pour m’en empêcher que je ne pus retenir un cri.

Césarine s’en aperçut et sourit avec une expression de dédain qui ressemblait à la haine. Elle s’éloigna. Paul me retenait toujours.