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consuelo.

sant la voix du gondolier, assez bienveillant pour lui à l’ordinaire. Laisse-moi me coucher à tes côtés, et faire un somme à couvert sous ta cabanette.

— Et qui es-tu ? demanda Zanetto.

— Anzoleto ; ne me reconnais-tu pas ?

— Par Satan, non ! Tu portes des habits qu’Anzoleto ne pourrait porter, à moins qu’il ne les eût volés. Va-t’en, va-t’en ! Fusses-tu le doge en personne, je n’ouvrirai pas ma barque à un homme qui a un bel habit pour se promener et pas un coin pour dormir.

Jusqu’ici, pensa Anzoleto, la protection et les faveurs du comte Zustiniani m’ont exposé à plus de périls et de désagréments qu’elles ne m’ont procuré d’avantages. Il est temps que ma fortune réponde à mes succès, et il me tarde d’avoir quelques sequins dans mes poches pour soutenir le personnage qu’on me fait jouer.

Plein d’humeur, il se promena au hasard dans les rues désertes, n’osant s’arrêter de peur de faire rentrer la transpiration que la colère et la fatigue lui avaient causée. Pourvu qu’à tout ceci je ne gagne pas un enrouement ! se disait-il. Demain monsieur le comte va vouloir faire entendre son jeune prodige à quelque sot aristarque, qui, si j’ai dans le gosier le moindre petit chat par suite d’une nuit sans repos, sans sommeil et sans abri, prononcera que je n’ai pas de voix ; et monsieur le comte, qui sait bien le contraire, dira : Ah ! si vous l’aviez entendu hier ! — Il n’est donc pas égal ? dira l’autre. Peut-être n’est-il pas d’une bonne santé ? — Ou peut-être, dira un troisième, s’est-il fatigué hier. Il est bien jeune en effet pour chanter plusieurs jours de suite. Vous feriez bien d’attendre qu’il fût plus mûr et plus robuste pour le lancer sur les planches. — Et le comte dira : Diable ! s’il s’enroue pour avoir chanté deux airs, ce n’est pas là mon affaire. — Alors, pour s’assurer que j’ai de la force et de