Page:Sand - Contes d une grand mere 1.djvu/237

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Ils arrivèrent à Trouville au bout de trois heures ; c’était dans ce temps-là un pauvre village de pêcheurs, où l’oncle Laquille, établi sur la grève, avait une petite maison, une barque, une femme et sept enfants. Il reçut très-bien Clopinet, l’approuva de ne pas vouloir descendre à l’ignoble métier de tailleur, écouta avec admiration le récit de la nuit qu’il avait passée sur la Grosse-Vache, et jura par tous les jurons de terre et de mer qu’il était destiné aux plus belles aventures. Il promit de s’occuper dès le lendemain de son admission soit dans la marine marchande, soit dans celle de l’État.

— Tu peux, ajouta-t-il en s’adressant à François, retourner chez tes parents, et, comme je sais que le père Doucy a la tête dure, tu feras aussi bien de lui laisser croire que le petit est avec son patron. Je le connais, ce crabe de tailleur, c’est un mauvais drôle, avare, cruel avec les faibles, poltron avec les forts. J’avoue que je serais humilié d’avoir un neveu élevé si salement. Va-t’en, François, et sois tranquille, je me charge de tout. Voilà un garçon qui fera honneur à sa famille. Laisse-leur croire qu’il est à Dives. Il se passera peut-être deux ou trois mois avant que Tire-à-gauche retourne chez vous. Quand ton père saura que le petit a filé, il sera temps de lui dire qu’il est sur la mer et qu’il n’y reçoit de coups que de mains nobles, — des mains d’homme, des mains de marin ! La dernière des hontes, c’est d’être rossé par un bossu.

François trouva tout cela fort juste et Clopinet aussi. L’idée d’être corrigé sans être coupable n’en-