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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

l’on se sent un peu découragé. J’étais avec mon mari et deux autres jeunes gens avec qui nous nous étions liées à Cauterets et que nous avons retrouvés à Bagnères, ainsi qu’une grande partie de notre aimable et nombreuse société bordelaise. Nous avons eu le courage de nous enfoncer dans cette tanière, et, au bout d’une minute, nous nous sommes trouvés dans un endroit beaucoup plus spacieux, c’est-à-dire que nous pouvions nous tenir debout sans chapeau et que nos épaules n’étaient qu’un peu froissées à droite et à gauche.

Après avoir fait cent cinquante pas dans cette agréable position, tenant chacun une lumière et ôtant bottes et souliers, pour ne pas glisser sur le marbre mouillé et raboteux, nous sommes arrivés au puits naturel, que nous n’avons pas vu, malgré tous nos flambeaux, parce que le roc disparaît tout à coup sous les pieds, et l’on ne trouve plus qu’une grotte si obscure et si élevée, qu’on ne distingue ni le haut ni le fond.

Nos guides arrachèrent des roches avec beaucoup d’effort et les lancèrent dans l’obscurité ; c’est alors que nous jugeâmes de la profondeur du gouffre : le bruit de la pierre frappant le roc fut comme un coup de canon, et, retombant dans l’eau comme un coup de tonnerre, y causa une agitation épouvantable. Nous entendîmes pendant quatre minutes l’énorme masse d’eau ébranlée, frapper le roc avec une fureur et un bruit effrayant qu’on aurait pu prendre tantôt