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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

besoin d’amusement et de distraction que je suis loin d’avoir. Ce n’est pas du monde, du bruit, des spectacles, de la parure qu’il me faut ; vous seule êtes dans l’erreur sur mon compte ; c’est de la liberté. Être toute seule dans la rue et me dire à moi-même : « Je dînerai à quatre heures ou à sept, suivant mon bon plaisir ; je passerai par le Luxembourg pour aller aux Tuileries, au lieu de passer par les Champs-Élysées, si tel est mon caprice. » Voilà ce qui m’amuse beaucoup plus que les fadeurs des hommes et la raideur des salons.

Si je rencontre des cœurs qui prennent mes innocentes fantaisies pour des vices hypocrites, je ne sais pas me donner la peine de les dissuader. Je sens que ces gens-là m’ennuient, me méconnaissent et m’outragent. Alors je ne réponds rien et je les plante là. Suis-je bien coupable ? Je ne cherche ni vengeance ni réparation, je ne suis pas méchante : j’oublie. On dit que je suis légère, parce que je ne suis pas haineuse et que je n’ai pas même l’orgueil de me justifier.

Mon Dieu ! quelle rage avons-nous donc, ici-bas, de nous tourmenter mutuellement, de nous reprocher aigrement nos défauts, de condamner sans pitié tout ce qui n’est pas taillé sur notre patron ?

Vous, ma chère maman, vous avez souffert de l’intolérance, des fausses vertus, des gens à grands principes. Votre beauté, votre jeunesse, votre indépendance, votre caractère heureux et facile, combien ne