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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND


VIII

À MADAME LA BARONNE DUDEVANT

EN SA TERRE DE POMPIEY, PAR LE PORT-SAINTE-MARIE (LOT-ET-GARONNE)


Nohant, 30 avril 1826.


Nous avons reçu votre bonne lettre, chère madame, et appris avec chagrin le triste événement[1] qui vient encore de vous environner de tristesse et de réveiller celle, déjà si profonde, que vous éprouviez.

Nous apprécions et nous sentons votre douloureuse et triste situation avec la crainte amère de ne pouvoir l’adoucir, puisque rien ne saurait remplacer ce que vous avez perdu et que nulle consolation ne peut arriver, je le sens, jusqu’à votre cœur brisé. C’est en vous-même, c’est dans cette force morale que vous possédez, ou plutôt c’est dans la profondeur de votre mal, que vous trouvez le moyen de le supporter. Si j’ai bien compris votre souffrance, nulle distraction, nul témoignage d’intérêt ne sont assez puissants pour vous apporter un instant d’oubli. Vous les recevez avec douceur et bonté, mais ils ne sauraient vous faire un bien véritable.

Ce sont vos tristes pensées qui seules vous font jouir d’un triste plaisir. Plus vous les sondez, moins elles

  1. La mort du baron Dudevant, beau-père de George Sand.