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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

êtes si jeune et vous aurez tant de choses à faire avant d’élever cette femme jusqu’à vous ! Je n’ose pas vous dire tous les déboires que je prévois pour vous. Je crains de blesser votre cœur, engagé dans une voie aussi délicate. Mais je vous supplie de ne pas tant vous hâter. Pourquoi ne pas remettre cette affaire jusqu’après votre voyage à Paris ? Là, vous pourriez ouvrir les yeux sur beaucoup d’inconvénients que vous ne vous êtes peut-être pas signalés. Si, par promesse ou par devoir, vous étiez engagé de manière à ne pas revenir sur vos pas, du moins seriez-vous en garde contre l’avenir et mieux préparé à le braver courageusement.

Dans tout cela, c’est votre précipitation qui m’inquiète. Vous obéissez, j’en suis sûre, à d’austères principes, à de nobles sentiments. Ce n’est donc pas avec ironie ou avec dureté que je vous juge. Je ne vous juge pas, mon enfant. Seulement je me tourmente de votre position. Il est possible que ce parti vous réussisse, il est possible aussi qu’il vous rende malheureux. Cette pensée ne vous ferait pas reculer devant l’accomplissement d’un devoir, je le sais bien. Mais, si, en voulant faire le bonheur d’une autre personne, vous ne réussissiez qu’à aggraver sa situation ! Cela s’est vu souvent ; le mariage est un état si contraire à toute espèce d’union et de bonheur, que j’ai peur avec raison.

Si vous avez pour moi l’amitié que j’ai pour vous, vous vous donnerez trois mois de réflexion. Je vous le