Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 1.djvu/321

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
318
CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

caresser, lui, le pauvre malheureux. Il attend, pour répondre aux caresses, qu’on se soit habitué à ses piquants ; car, si la main qu’il aime le quitte (il n’y a pas de raison pour qu’elle y revienne), le porc-épic aura beau se dire : « Ce n’est pas ma faute, » cela ne le consolera pas du tout.

Ainsi, voyez si vous pouvez accorder votre cœur à un porc-épic. Je suis capable de tout. Je vous ferai mille sottises. Je vous marcherai sur les pieds. Je vous répondrai une grossièreté à propos de rien. Je vous reprocherai un défaut que vous n’avez pas. Je vous supposerai une intention que vous n’aurez jamais eue. Je vous tournerai le dos. En un mot, je serai insupportable jusqu’à ce que je sois bien sûre que je ne peux pas vous fâcher et vous dégoûter de moi.

Oh ! alors, je vous porterai sur mon dos. Je vous ferai la cuisine. Je laverai vos assiettes. Tout ce que vous me direz me semblera divin. Si vous marchez dans quelque chose de sale, je trouverai que cela sent bon. Je vous verrai avec les mêmes yeux que j’ai pour moi-même quand je me porte bien et que je suis de bonne humeur ; c’est-à-dire que je me considère comme une perfection et que tout ce qui n’est pas de mon avis est l’objet de mon profond mépris. Arrangez-vous donc pour que je vous fasse entrer dans mes yeux, dans mes oreilles, dans mes veines, dans tout mon être. Vous saurez alors que personne sur la terre n’aime plus que moi, parce que j’aime sans rougir de la raison qui me fait aimer. Cette raison, c’est la