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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

leurs cevaux et… Mais vous savez le reste ! Il est trop pénible de revenir sur de si déplorables circonstances.

Enfin, mon estimable ami, la présente est pour vous dire qu’après cinq jours d’une traversée fatigante et dangereuse, à travers des déserts brûlants et des hordes d’anthropophages, après une navigation de cinq minutes sur la Dordogne, pendant laquelle nous avons couru plus de périls et supporté plus de maux que la Pérouse dans toute sa carrière, nous sommes arrivés, frais et dispos, en la ville de Bordeaux, presque aussi belle qu’un des faubourgs de la Châtre, et où je me trouve fort bien ; regrettant néanmoins, vous d’abord, mon ami, puis votre tabatière, puis les deux lilas blancs qui sont devant mes fenêtres, et pour lesquels je donnerais tous les édifices que l’on bâtit ici.

… Adieu, mon honorable camarade, soutenons toujours de nos lumières, et de cette immense supériorité que le ciel nous a donnée en partage (à vous et à moi), la cause du bon sens, de la nature, de la justice, sans oublier la morale, la culture libre du tabac et le régime de l’égalité.

Rappelez-moi au souvenir d’Agasta[1]. Quant à vous, frère, je vous donne l’accolade de l’amitié et vous prie de vous souvenir un peu de moi.

Hélas ! loin de la patrie, le ciel est d’airain, les pommes de terre sont mal cuites, le café est trop brûlé.

  1. Madame Duteil.