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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

Voilà pourquoi les pensées de colère doivent être refoulées en nous, par le sentiment même de la fraternité et de la justice. Nous sommes bien forcés, si nous aimons l’humanité, de la respecter et de regarder comme sacrée la liberté qu’elle a de se tromper.

Eh quoi ! Dieu souffre cette erreur et nous ne la souffririons pas ? Pourquoi vous indigner contre les riches ? Est-ce que les riches seraient à craindre, si les pauvres étaient détachés de l’avarice et du préjugé ? Les riches ne font tout ce mal que parce que le peuple tend le cou. Si le peuple connaissait son droit, les riches rentreraient dans la poussière et nous aurions si peu à les redouter, que personne ne se donnerait la peine de les haïr. Notre obstacle n’est pas là ; il est parmi nous, et nos plus implacables adversaires, à cette heure, sont, à une imperceptible minorité près, ceux-là mêmes que nous voulons défendre et sauver. Patience donc ! Quand le peuple sera avec nous, nous n’aurons plus d’ennemis et nous serons trop puissants pour ne pas être encore une fois généreux.

Quant à moi, je ne veux pas écrire au courant de la plume pour le public en ce moment-ci, et c’est précisément pour ne pas me laisser entraîner par l’émotion. Je ne suis pas toujours aussi calme que je le parais. J’ai du sang dans les veines tout comme un autre, et il y a des jours où l’indignation me ferait manquer à mes principes, à la religion qui est au fond de mon âme. J’obéis donc à la prudence, comme vous le dites fort bien, mais ce n’est pas à cause de moi. Je