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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

menacer, sauf à vous placer en travers le lendemain pour les empêcher d’exécuter leurs menaces. Puisqu’il vous faut de l’action, puisque vous êtes une nature laborieuse, aimant à mettre la main à l’œuvre, voilà la seule action digne de vous ; car les temps sont mûrs pour cette action, et elle vous surprendra au milieu du calme impartial où vous vous retranchez, fermant les yeux et les oreilles, devant le flot qui monte et qui gronde. Mon Dieu, mon Dieu, il en est temps encore, et, puisque votre cœur est plein de la vérité et de son amour, il n’y a entre ce peuple et vous qu’une erreur de calcul dans le calendrier, que vous consultez chacun d’un point de vue différent. Ne faites pas dire à la postérité : « Ce grand homme mourut les yeux ouverts sur l’avenir et fermés sur le présent. Il prédit le règne de la justice, et, par une étrange contradiction trop fréquente chez les hommes célèbres, il se cramponna au passé et ne travailla qu’à le prolonger. Il est vrai qu’un vers de lui eut plus de valeur et plus d’effet que tous les travaux politiques de sa vie ; car, ce vers, c’était la voix de Dieu qui parlait en lui, et, ces travaux politiques, c’était l’erreur humaine qui l’y condamnait ; mais il est cruel de ne pouvoir l’enregistrer que parmi les lumières, et non parmi les dévouements de cette époque de lutte dont il méconnut trop la marche rapide et l’issue immédiate. »

Si vous arrivez à la présidence de la Chambre, et que vous ne soyez pas, sur le fauteuil, un autre homme que celui de la chambre voûtée de Saint-Point, tant