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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

Nul homme ne sera supérieur à un principe, et le principe qui doit donner la vie aux sociétés nouvelles, c’est le suffrage universel, c’est la souveraineté de tous. Ce n’est donc qu’avec le concours de tous, avec la bourgeoisie réactionnaire, comme avec la bourgeoisie démocratique, comme avec les socialistes, que le peuple doit se gouverner. Il lui faut, pour s’éclairer, la lutte pacifique et légale de tous ces éléments divers.

Qu’une majorité démocratique et sociale se dessine dans le sein de notre Assemblée, et nous sommes sauvés avec le temps ; mais, que ce soit une majorité définitivement réactionnaire et marchant à son but, la dissolution de l’ordre social commence, l’insolente chimère d’une république oligarchique s’évanouit dans une crise extrême, et le hasard s’empare pour longtemps des destinées de la France.

Voilà ce qu’il n’est point permis de dire en France, à l’heure qu’il est, sans s’attirer la haine des partis. La réaction appelle cette prévoyance un appel à la guerre civile. Le parti modéré sourit d’un air capable et méprise souverainement toute autre solution que celle qu’il prétend avoir et qu’il n’a point. Chaque coterie philosophico-politique a son homme, son fétiche qui pourrait sauver la République à lui tout seul et dont il n’est point permis de douter. Chaque ambitieux satisfait devient optimiste à l’instant même ; l’ambitieux mécontent déclare que la République est perdue, faute de son concours.