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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

Au milieu de ces tiraillements de l’intérêt personnel, la foi au principe s’efface ou du moins l’intelligence de ce principe s’amoindrit dans les esprits. Toutes les frayeurs, comme tous les appétits de pouvoir, convergent vers le même but, le respect de la représentation nationale, l’appel jaloux à son omnipotence. Mais ce n’est point un respect sincère, ce n’est point une foi sérieuse. Cette Assemblée, qui représente bien un principe, n’est pas un principe en action. C’est quelque chose de creux comme une formule ; c’est l’image de quelque chose qui devrait être ; chaque nuance de l’opinion trouve là quelques noms propres qu’elle préconise ; mais tout bas chacun se dit : « Excepté Pierre, Jacques et Jean, tous ces représentants ne représentent rien. »

Le nom propre est l’ennemi du principe, et pourtant il n’y a que le nom propre qui émeuve le peuple. Il cherche qui le représentera, lui, l’éternel représenté, et il cherche, dans les individualités extrêmes, ceux-ci M. Thiers, ceux-là M. Cabet, d’autres Louis Bonaparte, d’autres Victor Hugo, produit bizarre et monstrueux du vote, et qui prouve combien peu le peuple sait où il va et ce qu’il veut.

La question est pourtant facile à éclairer pour le peuple : « Être ou ne pas être ; » mais il ignore les moyens. On a suscité, pour l’éblouir et lui donner le vertige, le grand fantôme du mensonge politique, et, quand je dis le mensonge, c’est faire trop d’honneur à l’élément bizarre et ridicule qui fait mouvoir l’opi-