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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

lisation morale acquise depuis vingt ans, et redevenir, sous le coup de la peur, du soupçon et de la colère, le peuple terrible à tous, le peuple de 93, qui fut la gloire farouche de son temps et qui serait la honte sanglante de la cause nouvelle !

Espérons encore que notre peuple sera plus fort et plus grand que les passions funestes qu’on s’efforce de réveiller en lui. Espérons qu’il restera sourd à ces agents provocateurs qui veulent l’agiter à leur profit et qui s’imaginent qu’après l’avoir déchaîné contre nous, il ne se retournerait pas contre eux le lendemain. Il ne tient pas à la bourgeoisie réactionnaire que le peuple de France n’agisse comme les lazzaroni de Naples.

Mais ce complot impie échouera, Dieu interviendra et peut-être la caste des riches ouvrira-t-elle aussi les yeux. Nous, les amis de l’humanité, nous ne voulons pas que les riches soient punis, nous disons après Jésus : « Qu’ils se convertissent et qu’ils vivent ! »

Prions pour qu’il en soit ainsi. Ah ! qu’ils nous connaissent mal, ceux qui nous croient leurs ennemis et leurs juges implacables ! Comment ne savent-ils pas qu’on ne peut pas aimer le peuple sans haïr le mal que commettrait le peuple ! comment ne voient-ils pas que l’œuvre qu’ils accomplissent, en cherchant à rendre le peuple brutal et sanguinaire, nous est mille fois plus douloureuse que tout le mal qu’ils pourraient nous faire à nous-mêmes ! Nous aimons le peuple comme notre enfant ; nous l’aimons comme on aime