Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/250

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— Vous avez raison, ma fille chérie, répondit M. Butler ; votre âme est différente de celle des autres ! Allez, mon cher Jacques, et au revoir ! Vous pourrez dire à votre femme que vous avez été béni par une sainte, car, voyez-vous, cette fille a vingt et un ans, et, sauf mon fils et moi, elle n’avait jamais embrassé aucun homme. Elle n’a pas voulu se marier afin de rester la mère de son frère. Vous avez donc reçu son premier baiser, et c’est celui de la charité chrétienne.

— Que cela vous porte bonheur, bonne demoiselle ! dis-je à Love ; puissiez-vous vous raviser et trouver un bon mari plus beau que moi, que vous embrasserez avec moins de charité et plus de plaisir !

— Il a de l’esprit, dit en anglais Love à M. Butler, pendant que, pour les écouter, je me débarrassais lentement des objets contenus dans la sacoche de Hope.

— Et puis, répondit M. Butler en souriant, il ressemble à quelqu’un que nous connaissons !

Hope arriva avec le médecin des bains, qui constata une simple entorse, prescrivit le repos pour quelques jours, et permit tout au plus les promenades en fauteuil après quarante-huit heures d’immobilité absolue.

Mêlé aux domestiques dans le corridor, j’entendis que j’étais condamné à passer quarante-huit heures sans revoir Love, à moins que je ne vinsse à bout de