Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/301

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suppose une comparaison entre M. de la Roche et moi, par exemple ! Eh bien, je me dis qu’à certains égards j’en sais peut-être plus que lui, sans avoir le droit d’en être fière, puisque je suis sûre qu’à d’autres égards il en sait certainement plus que moi. Je n’ai jamais compris la rivalité entre les gens qui peuvent s’estimer et se comprendre. Si celui-ci a plus d’ardeur dans la pensée et de nerf dans la volonté, celui-là a plus de prudence dans le caractère ou de charme dans la douceur des relations. Des êtres tout semblables les uns aux autres feraient un monde mort et une société inféconde, et les affections les plus vives sont celles qui compensent leurs contrastes par des équivalents. C’est un lieu commun de dire que les extrêmes se touchent, que les opposés se recherchent dans le monde du sentiment. Voilà sans doute pourquoi nous nous aimions, lui et moi !… mais il n’a pas compris cela, lui ! Il a protesté contre cette bonne loi de l’instinct ; il a lu des romans où les hommes tuent des femmes qui mentent, et il a éprouvé le besoin de me croire menteuse afin de tuer notre amour. Cette conduite-là, voyez-vous, n’est pas trop bonne, monsieur Black. Si je l’excuse, si je pardonne à ce jeune homme de n’avoir pas tenu compte du chagrin que devaient me causer son désespoir, et son départ, et sa longue absence, c’est parce que je me souviens de