Page:Sand - Jean de la Roche (Calmann-Levy SD).djvu/302

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l’avoir beaucoup aimé, et que je sens en moi comme une faiblesse de ma volonté quand ma tête veut trop faire taire mon cœur, qui a si longtemps plaidé pour lui. Je crois, d’ailleurs, que je ferai bien de m’en tenir au regret du bonheur que nous avions rêvé, sans aller jusqu’au regret de nos amours, tels qu’il les entendait. Si nous devons nous revoir, je ne lui refuserai pas mon amitié et mon dévouement au besoin, et je crois qu’il ne m’en demandera pas davantage ; mais, s’il lui passait par la tête, après un si long abandon, de vouloir revenir au passé, je lui dirais : « Non, mon cher Jean, ce n’est plus possible ; car, si nous devons nous aimer encore, tout est à recommencer entre nous. Nous n’avons plus de sacrifices à nous faire, puisque votre pauvre mère n’est plus, et que mon cher frère se porte bien : il s’agirait maintenant de nous aimer sans effroi et sans orage, comme on peut s’aimer quand il n’y a plus d’obstacles. C’est bien plus difficile, et peut-être que pour vous les obstacles sont le stimulant nécessaire à la passion. Enfin je ne vous connais plus, moi, et nous avons à refaire connaissance, comme si nous entrions dans une autre vie. Voyez si, telle que je suis, je vous plais encore, et permettez-moi de vous étudier pour savoir si je peux reprendre en vous la confiance que j’ai eue autrefois. » Voilà ce que Jean se dirait aussi à lui-même, s’il était