Page:Sand - La Coupe, Lupo Liverani, Garnier, Le Contrebandier, La Rêverie à Paris, 1876.djvu/253

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à un cabinet de lecture, et il était plein de désirs, plein de sève et de fermentation, comme un drame moderne !

Et lui aussi il voyait passer dans ses rêves des légions de frêles jeunes filles, des armées d’êtres angéliques et des Andalouses échevelées, tout comme un autre ! lui aussi il comprenait profondément le moyen âge, et lui aussi il était l’homme de son temps, l’expression du siècle, comme une préface nouvelle ! et lui aussi il était allé aux Italiens la veille ; il y avait vu un ange de lumière en robe orange.

Voilà ce qui navrait Garnier. Oh ! si à cette heure d’angoisse il avait eu une voiture de remise, il serait allé au bois de Boulogne, et il aurait cherché dans la foule bigarrée et étincelante, dans la grande foule aux mille têtes, la robe orange de sa beauté. Oh ! s’il avait eu un coursier espagnol, à la fauve crinière, longue et effilée comme de la soie, au pied sonore, à l’œil sanglant ; s’il avait eu un traîneau russe, avec ses grelots d’argent et ses mules bondissantes sous les panaches