Page:Sand - La Coupe, Lupo Liverani, Garnier, Le Contrebandier, La Rêverie à Paris, 1876.djvu/268

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d’une belle main de papier blanc le titre d’un roman par lettres avec cette épigraphe :

« Frailty thy name is woman. »

Mais la dame orange avait pour mari le plus singulier des hommes. C’était un gros baril de bière mousseuse. Son nez ne saurait être comparé qu’à la trompette du jugement dernier. Tout ce qu’il faisait, tout ce qu’il disait, ressemblait au bruit d’une charrette. Si l’idée lui était jamais venue de se cacher dans l’appartement de sa femme pour surprendre quelque intrigue, il lui aurait pris à coup sûr, comme dans la chanson italienne, un effroyable éternuement. Mais jamais pareille idée ne lui était venue. Entre deux profondes ornières, sa vie s’écoulait doucement, soulevée çà et là par les cahots de son gros rire. Depuis quinze ans de mariage, il s’était pris régulièrement de passion pour tous les adorateurs de sa femme. Il n’avait jamais vu Garnier qu’une fois ou deux ; mais cette irrésistible sympathie n’avait pas manqué son effet, et dès qu’il