Page:Sand - La Coupe, Lupo Liverani, Garnier, Le Contrebandier, La Rêverie à Paris, 1876.djvu/269

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eut organisé pour le printemps ses dîners périodiques à la campagne, il fallut, bon gré, mal gré, que sa nouvelle connaissance en fût.

Me promenant un jour à cette époque dans le jardin de ce brave homme avec mon ami Garnier, je lui faisais remarquer comme le bonheur dépend ici-bas de peu de chose : que se serait-il passé le 27 juillet s’il avait fait une pluie battante ? Que serait devenu l’univers, si Brutus, aux ides de mars, eût avalé, comme Anacréon, un raisin de travers ? Que feriez-vous vous-même si vous gagniez à la loterie ?

Garnier, ne mettant point à la loterie, niait positivement la chose. Il détestait la littérature philosophique et s’était opiniâtré toute sa vie à s’abandonner avec confiance à ce même hasard qui le mystifiait si assidûment. Il leva les yeux au ciel. Hélas ! sa brillante étoile avait disparu. La planète de la dame orange brillait solitaire et orgueilleuse dans un éther sans nuages. Un léger coup de vent fit frémir les feuilles, et une molle vapeur, glissant sur les collines lointaines,