Page:Sand - La Coupe, Lupo Liverani, Garnier, Le Contrebandier, La Rêverie à Paris, 1876.djvu/270

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s’éleva tout à coup de l’horizon. Elle monta silencieusement vers la voie lactée ; puis, s’épaississant de plus en plus, elle s’arrêta, comme incertaine de sa marche. Les rossignols chantaient au bord de la pièce d’eau ; les fleurs s’épanouissaient sous la rosée. Un bruit sourd et éloigné annonça que l’air se chargeait d’électricité ; alors la nue s’abaissa sur la terre et, comme par un ressort magique, étendit deux sombres ailes de l’orient à l’occident. Une faible fissure, semblable à une meurtrière profonde, laissait seule encore apercevoir l’immensité. La planète de la dame orange scintillait pleine d’audace. Comme une flèche lancée par un arc mogol, ses rayons acérés traçaient du ciel à la terre une hyperbole de feu. Mais c’est en vain qu’elle luttait contre l’orage, et la nuée, crevant tout à coup avec un fracas terrible, la dévora et l’anéantit.

La pluie nous avait forcés à rentrer dans le salon, et nous prîmes bientôt place à table. Garnier, ne pouvant guérir son fatal amour, ne manquait pas de faire la plus sotte figure partout où