Page:Sand - La Daniella 1.djvu/199

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tantôt gaie de leur dialogue, que Daniella n’était pas très-inquiète de son sort. La durée de ce tranquille babillage, qui accompagnait je ne sais quel travail, me prouvait aussi qu’elle n’était pas sous le coup d’une surveillance bien redoutable. Enfin, j’entendis ouvrir les portes, descendre l’escalier de bois de l’étage que nous occupons, Mariuccia et moi, et grincer sur ses gonds la grille de l’enclos qui donne sur la ruelle malpropre et montueuse décorée du nom emphatique de via Piccolomini.




XIX


3 avril.

Ce matin, vers six heures, je fus éveillé par une voix douce et pleine qui, du dehors, appelait Rosa : c’est le nom de la vieille femme, tante et servante de la Mariuccia. Cette manière d’appeler résumait tout le chant de la langue italienne. Tandis que nous autres, quand nous voulons nous faire entendre au loin, nous escamotons la première syllabe et prolongeons le son sur la dernière, on fait ici tout l’opposé ; et le nom de Rosa, crié, ou plutôt chanté en octave descendante, avait une euphonie très-agréable. En me frottant les yeux pour m’éveiller tout à fait, je reconnus que c’était la voix de la stiratrice. Je me levai pour regarder à travers ma persienne : je la vis dans la rue apportant un très-joli brasero de forme ancienne et d’un poli étincelant. Au bout de quelques instants, la Mariuccia mit la tête à sa fenêtre et tira successivement deux cordes. La grille du jardin s’ouvrit, puis la porte d’entrée de la maison, pour donner passage à la Daniella.

Une demi-heure après, la Mariuccia entrait chez moi avec