Page:Sand - Laura - Voyages et impressions.djvu/204

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renoncer à des études et à des préoccupations qui me sont toujours chères.

Vous voyez donc en moi un homme qui a heureusement doublé le cap des illusions et qui ne se laissera plus prendre aux prestiges de sa fantaisie, mais qui n’est pas trop fâché d’avoir traversé cette phase délirante où l’imagination ne connaît pas d’entraves, et où le sens poétique réchauffe en nous l’aridité des calculs et l’effroi glacial des vaines hypothèses…

J’eus le plaisir de dîner avec la divine Laura du bon M. Hartz. Elle n’avait plus rien de transparent dans sa personne : c’était une ronde matrone entourée de fort beaux enfants, devenus son unique coquetterie ; mais elle était fort intelligente : elle avait voulu s’instruire pour ne pas trop déchoir du cristal où son mari l’avait placée, et, quand elle parlait, il y avait dans son œil bleu un certain éclat de saphir qui avait beaucoup de charme et même un peu de magie.