Page:Sand - Laura - Voyages et impressions.djvu/218

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de toute discussion. La beauté des choses, d’un prix plus rare que leur utilité, est notre propriété à tous. Elle était ici avant Rousseau, elle y est encore après lui. Il s’est rempli d’elle, et à son tour il l’a remplie de lui. C’est ici que son âme habite encore en même temps qu’elle habite ailleurs ; c’est ici qu’elle nous parle et nous entend.

J’ai parcouru dans tous les sens le jardin, la vigne et tout l’enclos jeté en pente au-dessus et au-dessous de la maison. Une longue treille, renouvelée probablement, soutient du moins les mêmes pampres qui ont couvert de leur ombre le géant de l’avenir, alors si profondément ignoré du monde et de lui-même. Le lierre qui tapisse le pied des murs de la terrasse, les capillaires qui croissent dans les pavés disjoints du perron, sont les mêmes qu’il a foulés. Là où ces plantes fixent leurs racines, elles vivent des siècles, et la maison était déjà vieille et probablement un peu décrépite quand Rousseau l’habita. La pervenche y était aussi installée ; la même pervenche que lui fit observer madame de Warens pour la première