Page:Sand - Laura - Voyages et impressions.djvu/220

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son rêve rétrospectif, empoisonné par les amertumes de la réalité.

Il m’eût été doux de passer la journée seul dans cet ermitage avec les amis qui étaient venus m’y rejoindre ; mais ils s’éloignèrent tandis que j’herborisais, et d’autres curieux arrivèrent. Je les évitai, ils partirent bientôt ; un seul resta et vint à moi. Je le connaissais depuis peu. C’était M. ***, un catholique homme de bien, gourmé dans ses principes malgré des vertus instinctives et naturelles qui doivent le faire considérer, mais qu’on invoque vainement quand ses préventions parlent.

J’eusse mieux aimé ne pas le rencontrer là, car il me jeta forcément dans la discussion ; c’était une fatalité devant laquelle je ne pouvais ni ne devais reculer. J’avais pourtant fait de mon mieux pour ne pas aborder le sujet brûlant ; mais, comme il feuilletait un de ces livrets où les voyageurs écrivent leurs noms et leurs pensées, je regardai que son honnête sourire devenait méchant et qu’une joie cruelle faisait briller ses yeux paisibles.