Page:Sand - Laura - Voyages et impressions.djvu/60

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ni surprise sur les bienveillantes figures de mon oncle, de ma cousine et de son fiancé. Je me jugeai quitte à bon marché d’une crise qui eût pu me rendre odieux ou ridicule, et j’allai m’enfermer dans ma chambre avec la bague, que je plaçai devant moi sur ma table, et que je contemplai avec l’amère ironie qu’exigeait la circonstance.

Ce n’était pas une cornaline vulgaire, c’était une pierre dure fort jolie, veinée de nuances opaques et translucides. À force de les interroger, je sentis qu’elles s’étendaient autour de moi, qu’elles remplissaient ma petite chambre jusqu’au plafond et qu’elles m’enveloppaient comme un nuage. J’éprouvai d’abord une sensation pénible comme celle d’un évanouissement ; mais peu à peu le nuage s’allégea, s’étendit sur un vaste espace et me transporta mollement sur la croupe arrondie d’une montagne, où tout à coup il se remplit au centre d’une vive irradiation d’or rouge qui me permit de voir Laura assise près de moi.

― Ami, me dit-elle en me parlant dans cette langue connue d’elle seule, qui avait le don de se