Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/125

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DIANE. — Non, ce n’est rien !

JENNY. — Ah ! vous vous trouvez mal… Mon Dieu, madame !…

MAROTTE, entrant. — Madame !… Quoi donc ? qui a crié ?

JENNY. — Vite, vite… de l’air… le flacon !… C’est une attaque de nerfs !




SCÈNE II


Dans le potager du château de Noirac


PIERRE, COTTIN.


PIERRE. — Oui, c’est comme je te le dis. Je vas chez le maire et chez le curé pour faire publier mes bans, et pas plus tard qu’à la Toussaint, j’épouserai la Maniche.

COTTIN. — J’en suis content, Pierre, et je te fais mon compliment. C’est une forte fille, et d’un grand courage.

PIERRE. — Pour une belle fille, c’est une belle fille. Elle vous enlève un sac de six boisseaux de blé sur son épaule comme une autre enlèverait un sac de balle. Mais c’est pas tout ça, jardinier ! faut se parler raisonnablement tous les deux !

COTTIN. — Voyons, qu’est-ce qu’il y a ?

PIERRE. — Je suis un homme, et tu n’es pas une poule.

COTTIN. — J’espère être un homme aussi !

PIERRE. — J’en tombe d’accord. Eh bien, tu as fait les yeux doux, dans le temps, à ma future.

COTTIN. — Dame ! je ne dis pas non ; elle me revenait bien ! Mais elle n’a pas voulu de moi, et je m’en suis consolé ; que veux-tu ? Il y a plus de deux ans que je ne lui ai pas dit quatre paroles.

PIERRE. — Oh ! je sais bien que tu ne m’as point traversé dans mes amitiés ; mais il ne faut point me trahir dans mon mariage.

COTTIN. — Pourquoi me dis-tu ça ? Est-ce que je suis un faux ami ?