Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/129

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ter, vous n’avez pas voulu ! Par parenthèse, vous n’étiez pas bien aimable avec moi et je vous appelais l’ours. Comment diable vous appelez-vous ?

FLORENCE. — Cela ne peut pas vous intéresser, et quand même vous le sauriez aujourd’hui, vous l’oublieriez demain.

MYRTO. — C’est possible ; je n’ai pas la mémoire des noms, mais j’ai celle des figures, et la vôtre est de celles qu’on n’oublie pas, d’ailleurs ! Pourquoi donc faites-vous semblant d’être jardinier, vous qui avez… ah bah ! on m’a dit cinquante mille livres de rente ?

JACQUES, à Florence. — Est-ce vrai ?

FLORENCE. — Madame plaisante : elle me prend pour un autre !

MYRTO. — Oh ! que non ! et la voix, et l’air moqueur, toujours le même air ! Vous me plaisiez bien, mais je vous détestais parce que vous n’avez jamais été gentil avec moi. J’ai envie de me venger. Qu’est-ce que vous faites donc à présent à la campagne, chez madame de Noirac ?

JACQUES. — Vous vous trompez, mademoiselle, Florence est jardinier-fleuriste au château de Noirac, et, par conséquent, il n’a pas de chevaux arabes et il n’a pas cinquante mille livres de rente.

MYRTO. — À moins qu’il n’ait tout fricassé en deux ou trois ans ! Mais ce n’est pas ça, et je devine l’affaire. Monsieur fait ici un roman avec madame de Noirac ; c’est encore bon à savoir, ça ! Bonjour, messieurs, au plaisir de vous revoir.

(Elle s’en va.)


JACQUES, FLORENCE, RALPH.


RALPH. — Comment, c’est là la femme dont ces jeunes gens nous parlaient hier ? et ils doutaient de ce qu’elle pouvait être ?

JACQUES. — Ces femmes-là prennent tous les aspects, et celle-ci probablement peut, quand bon lui semble, faire la dame pendant cinq minutes.