Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/168

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JENNY. — Il est enfermé dans le pavillon de Florence, et j’ai la clef dans ma poche.

DIANE, éclatant de rire. — Jenny ! voilà qui est sublime ! Qu’est-ce qui disait donc que tu étais niaise ! Tu as plus d’esprit que toutes les Dorines du théâtre ! Comment, tu as réussi à me le mettre sous clef ? Quelle bonne figure il doit faire dans sa cage ! Je parie qu’il n’a pas trouvé d’autre moyen de se distraire et de se consoler que de faire un bon somme !

JENNY. — Pourquoi pas ? Vous voulez qu’on soit cavalier intrépide, chasseur infatigable, et vous trouvez singulier qu’on ait un rude appétit et un franc sommeil ? Cela n’empêche pas d’aimer ! Allons, n’avez-vous pas pitié de lui ? Ne voulez-vous pas qu’il dîne ?

DIANE. — Non, je ne veux pas le voir encore. L’idée de me trouver, dans le danger où je suis, en présence de cet homme si calme et si confiant, me fait frémir et ramène toutes mes anxiétés, toute ma souffrance. J’aimerais mieux pouvoir analyser ma situation morale avec quelqu’un de plus fort et de désintéressé dans la question. Si le curé… mais non ! il a peur de devenir amoureux de moi !

JENNY. — Eh bien, dînez avec monsieur Jacques ; vous m’aviez chargée de l’inviter ce matin. Je n’y ai plus pensé, ni vous non plus ; mais voulez-vous que j’aille le chercher ?

DIANE. — Comme cela, tout d’un coup ? comme on fait venir le curé ou le médecin ?

JENNY. — Oh ! il est meilleur prêtre et meilleur médecin peut-être que bien d’autres !

DIANE. — Oui, mais quand on appelle ces gens-là, il faut confesser sa faute ou son mal ; et il me semble que c’est bien assez d’avoir Florence dans nos secrets. C’est trop peut-être !

JENNY. — Madame, il n’y a que la foi qui sauve. Appelez monsieur Jacques en consultation sur une peine quelconque, sur votre ennui ordinaire ; vous ne lui direz que ce que vous voudrez, et puis vous verrez que la confiance vous viendra, que vous lui direz tout, et qu’il vous donnera un bon conseil.