Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/17

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plus ; c’était l’enfance de l’art. Nous faisons maintenant du fantastique romantique. Ce Satan cornu est passé de mode.

MAURICE. — Ainsi passent les gloires de ce monde ! A-t-il régné assez longtemps, cet homme à cornes et à griffes ! Ah ! d’ailleurs il est fendu, voyez ! Les coups de bâton lui ont brisé le crâne. Il n’est plus bon à rien. Mais qui vient là ?

ÉMILE. — C’est M. Jacques, votre voisin, avec son Anglais, sir Ralph Brown.

DAMIEN. — Ils viennent lentement, s’arrêtant à chaque pas, causant politique, morale, religion, philosophie et autres drôleries divertissantes, selon eux. Évitons-les ; ils sont parfois fort peu récréatifs.

ÉMILE. — Je ne suis pas de votre avis. Ils m’intéressent souvent. L’Anglais, avec son air distrait, a l’esprit juste, et Jacques est le meilleur des hommes.

MAURICE. — C’est vrai ; mais ils vont nous prendre pour des fous. Rangeons nos acteurs derrière le hêtre, et ne trahissons pas le secret de la comédie.

DAMIEN. — Faisons mieux : forçons ces gens graves à sortir de leurs problèmes favoris, en leur posant celui-ci.

EUGÈNE. — Que fais-tu ? Tu pends le diable ?

DAMIEN. — Oui, à cette branche, tout au beau milieu de leur chemin. Cachons-nous pour entendre ce qu’ils diront de savant et de profond sur cet emblème.

(Ils se cachent)


JACQUES, RALPH, descendant la colline.


RALPH. — Décidément je ne suis pas content de votre définition. Une religion n’est pas seulement une doctrine de philosophie avec un culte ; il faut, avant tout, un dogme.

JACQUES. — Ah ! oui. Le merveilleux, n’est-ce pas ? Le surnaturel ? Je n’aurais pas cru qu’un Anglais, protestant, me ferait cette objection. Mais quel fruit singulier cueillez-vous à cette branche ?