Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/193

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ÉMILE. — Non ; mais je dis que si la perfection est un précepte religieux, une chose à part de la contrainte civile, vous ne devriez jamais entrer dans la pratique de la vie politique, vous, les prêtres d’un idéal qui ne peut pas transiger. Mais, pour tout de bon, le brouillard s’épaissit, et je ne sais plus où nous sommes.

LE CURÉ. — Ni moi non plus. Je ne vois plus les oreilles de mon cheval. — Mais faites donc, vous, une société où tout ce que vous voulez de bon soit possible !

ÉMILE. — Au moins, ne dites pas, vous, que nous voulons tout bouleverser et tout détruire à notre profit !

LE CURÉ. — Au diable nos raisonnements ! Je crois que nous nous sommes égarés !

DEUX GROS SCARABÉES, sur le tronc d’un arbre pourri.


LE PREMIER. — Qui va là ? Qui êtes-vous ? que voulez-vous ?

LE SECOND. — Qui êtes-vous vous-même, et pourquoi me fourrez-vous votre corne dans l’œil ? Vous ne pouvez donc pas regarder devant vous ?

LE PREMIER. — Eh bien, et vous ? Êtes-vous devenu aveugle, et cette rainure de l’écorce est-elle un chemin trop étroit pour deux ? Bientôt il vous faudra l’arbre entier à vous tout seul. Vous êtes si brutal !

LE SECOND. — Et vous si vorace ! Je ne connais rien de pire qu’un voisin comme vous !

LE PREMIER. — Vorace vous-même ! Pourquoi voulez-vous descendre quand je monte ?

LE SECOND. — Et pourquoi montez-vous quand je veux descendre ?

LE PREMIER. — J’ai cru qu’il faisait jour, et je voulais aller là-haut regarder l’horizon.

LE SECOND. — Vous êtes fou. Il ne fait pas jour, et c’est au contraire le moment de creuser au plus profond de l’arbre. Ne voyez-vous pas que c’est le brouillard, un temps excellent pour travailler, parce que le bois s’imprègne d’humidité et s’amollit à souhait ?

LE PREMIER. — Ah ! c’est le brouillard ? Comme c’est blanc