Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/200

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Dans toute ma vie, j’ai aimé une seule femme. J’étais un enfant quand j’ai commencé à l’aimer, j’ai soixante-cinq ans…

EUGÈNE, étonné. — Vous avez soixante-cinq ans ?

RALPH. — Oui, j’ai soixante-cinq ans, et je l’aime toujours ! Et je suis aujourd’hui encore plus heureux de son amour et du mien que je ne l’ai été depuis trente-cinq ans qu’elle est ma femme.

DAMIEN, étant le chapeau du curé de dessus sa propre tête. — Alors, respect, hommage et silence !

(Un silence.)

RALPH. — Eh bien, nous ne parlons pas d’autre chose ? Un ange a passé sur nos têtes, comme disent les Slaves quand la conversation tombe.

EUGÈNE. — Ce qui m’étonne, c’est votre âge. Vous pourriez cacher vingt ans au moins.

RALPH. — C’est que je suis une âme tranquille.

LE CURÉ. — Et que vous avez connu le bonheur !

MAURICE. — Que diriez-vous, l’abbé, du mariage des prêtres ?

LE CURÉ. — C’est une hérésie que ma foi repousse.

MAURICE. — Bah, bah ! Un concile a fait le célibat des prêtres, un concile peut le défaire… Est-ce que ça vous fâcherait ?

LE CURÉ, avec une gaieté forcée. — Mon cher ami, il est assez difficile de faire son salut, sans venir encore le compliquer de la peine de s’accorder avec une femme !

DAMIEN. — Taisez-vous, curé ! J’entendais chanter les anges sur ma tête, et voilà que vous nous flanquez une fausse note ! Mais qui donc frappe si fort ?

EUGÈNE, allant regarder. — La Marseillaise, mes amis ! voilà Florence !

MAURICE, — Ah diable ! ça devient intéressant. Laissons partir le curé !