Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/215

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causées, et vous serez à même d’épouser madame de Noirac, sinon avec une fortune égale à la sienne, du moins avec une aisance qui vous rendra indépendant et vous permettra de ne pas lui devoir le nécessaire.

JENNY. — Ah ! Myrto ! si tu dis ce que tu penses… c’est bien cela ! et je te retrouve !

GÉRARD. — C’est peut-être un bon mouvement, c’est peut-être aussi une perfidie. Je la sais également capable de l’un et de l’autre ; mais moi, cette idée fût-elle sérieuse, je la repousse avec horreur. Êtes-vous folle, mademoiselle, de croire que j’accepterai ce qu’il vous plairait d’appeler une restitution ? Vous avez mangé le reste de ma fortune, je ne m’en plains pas, je ne m’en repens pas ; je l’ai voulu ainsi. Et après avoir tout dissipé, vous êtes riche encore, dites-vous ? Je le crois sans peine. D’autres amants vous avaient enrichie de leur côté ; et c’est avec le produit de leurs présents que vous prétendez me mettre à même… Tenez ! le dégoût l’emporte sur la colère, et je n’ai pas un mot de plus à vous dire !

(Il lance son cheval et disparaît.)

MYRTO, — Tu le vois, Jenny ! quand nous voulons réparer nos fautes, on nous crache à la figure !

JENNY. — Non, Céline, non ! Ceux qui agissent ainsi ont tort, ce me semble ; mais je comprends bien ce qu’il a dit. Ce que tu veux lui rendre n’est plus à lui, puisque cela n’est pas même à toi. N’y pense plus. Ta fierté, dont je ne veux pas douter, moi, est un commencement de repentir. Tu redeviendras sage et bonne, j’en suis sûre… et tu renonceras à ta vengeance.

MYRTO. — Est-ce que je ne l’ai pas fait ? Est-ce que Florence Marigny n’a pas rendu les lettres à ta maîtresse ! Mon Dieu ! s’il voulait s’en servir contre elle, me venger en se vengeant lui-même !… Mais non !… il est vertueux, lui, et il l’aime !

JENNY. — Il l’aime ? Que dis-tu là ? Tu rêves donc, ma pauvre Céline ?…

MYRTO. — Et où est-il maintenant ?