Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/24

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PIERRE. — Par le bon Dieu ?

GERMAIN. — Non pas, ça serait pécher. Jure par… Écoute-moi bien, et dis comme moi. (Il lui parle à l’oreille.) Réponds-moi de même tout bas, tout bas, que les pierres ne l’entendent point !

PIERRE, après lui avoir parlé à l’oreille. — Ça y est, c’est dit, mon père.

GERMAIN. — Ah ! il ne faut point rire !

PIERRE. — C’est que c’est des mots tout drôles, et que je n’y comprends rien.

GERMAIN. — Il ne faut pas comprendre ! Celui qui comprend n’est bon à rien, et celui qui rit ne reçoit pas le secret. Répète-moi les mots sans rire.

PIERRE. — Ma foi, je ne m’en souviens déjà plus, moi !

GERMAIN. — Je vas te les dire encore, mais fais attention que je ne peux pas les dire plus de trois fois. Si tu les oublies après ça, c’est fini pour toi !

PIERRE. — Diantre ! il ne faut point dormir à ce jeu-là !

(Ils se parlent à l’oreille.)

GERMAIN. — C’est bien.

PIERRE. — Qu’est-ce que vous me faites jurer, bien au juste ?

GERMAIN. — De ne jamais donner le secret pour rien, et de ne le jamais vendre moins de… dix bons écus. De cette manière-là, le secret ne se répand guère, et c’est ce qu’il faut.

PIERRE. — Mais vous me le donnez pour rien, pas moins ? Je ne veux pas le payer dix écus, avant de savoir ce que c’est ! Diantre !

GERMAIN. — J’ai le droit de te le donner pour rien, parce que tu es mon fils et un bon sujet. Autrement… ça tournerait contre nous deux.

PIERRE. — Ron. Allons, dites. C’est le secret des bœufs que vous allez me donner ?

GERMAIN. — Le secret des bœufs et celui des taureaux, mais pas celui des vaches ; celui-là, ta mère te le donnera si elle veut. Il est à elle.

PIERRE. — Allons ! le secret des bœufs. Pour empêcher les maladies, toutes les maladies ?