Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/248

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soit pas un caprice, et que, s’il le partage, vous ne le foulerez pas aux pieds dans trois jours ? Où sont les preuves de votre raison et de votre loyauté ? Quelles garanties trouverait-il dans votre caractère ?

MYRTO. — Qu’il me mette à l’épreuve ! Mais il ne le veut pas ! et alors je vois bien que tout ce que j’ai résolu de bon est inutile. Personne ne veut, personne ne peut croire en moi. Il faut donc que le chien retourne à son vomissement, comme me disait ma grand-mère en me lisant sa vieille Bible ! L’ivresse de la débauche, voilà mon lot, à moi ! Adieu donc, laissez-moi, partez ! Je n’ai pas besoin de vous. Je n’ai pas peur de la nuit et de la solitude. Il n’y a pas de danger pour moi sur les chemins. Ne suis-je pas une prostituée ? Que m’importe d’être insultée par le premier vagabond dont je ferai rencontre ? Ne suis-je pas sa proie légitime ? Laissez-moi, laissez-moi, vous dis-je ; je ne vous aime plus, je ne vous écoute plus. Je veux rester seule dans cette église pour y maudire Dieu tout à mon aise et pour y cracher sur l’image des saints !

JACQUES. — Myrto, vous êtes affreuse en ce moment, et la pitié s’envole de mon cœur ! Venez, Marigny, venez ! Qu’elle rugisse, qu’elle pleure, qu’elle souffre ! Elle l’a bien mérité, et je ne sais pas pourquoi deux consciences sans reproche serviraient de jouet au dépit d’une femme sans cœur.

MYRTO, tombant à genoux. — Florence, ne me quittez pas ainsi, vous ! Que ce vieillard me maudisse, il en a le droit ; mais vous, êtes-vous assez vertueux, avez-vous assez souffert, assez mérité dans la vie pour me repousser du pied nomme un haillon ? Ne m’aviez-vous rien promis, hier, quand j’ai cédé à votre volonté ? Je sais que je n’ai pas de droit sur votre amour, je ne vous le demande plus ; je vous ai remis les lettres sans condition ; mais vous, vous m’aviez dit, pour me récompenser : « Je n’aurai plus de mépris pour vous si vous continuez ainsi et je vous porterai une amitié chrétienne et fraternelle. » Oui, c’est comme cela que vous avez dit ; et quand j’ai tant pleuré de n’avoir pas