Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/260

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GÉRARD. — Une force d’athlète, c’est vrai. Je hocherais plus rude qu’un paysan, mais ça m’ennuierait bien ; on ne m’y a pas habitué, et malheureusement je ne serais pas bon à autre chose. Je n’aurais jamais assez de moyens pour être jardinier. Tenez, si la démoc arrive, comme disent vos braillards, vous serez au plus haut et je serai au plus bas de la hiérarchie des travailleurs.

FLORENCE. — Espérez que la démoc ne sera pas ce que vous craignez, et que vous saurez vous y faire votre place.

GÉRARD. — Ma foi, comme je ne sais s’il y en aurait une pour moi, ce jour-là…

(Il part au galop en achevant sa phrase.)

FLORENCE, le suivant des yeux. — Hélas ! que tout cela est triste ! Va ! pauvre jeune homme, élève d’une société dont tu ne comprendras jamais ni le commencement ni la fin, ni le but, ni les vicissitudes, ni la destinée ! Va, étourdis-toi sur les périls d’une situation que ton ignorance et ton aveuglement provoquent ! Sois beau, sois bon, sois brave ! Oublie que demain est proche ; aime, espère et vole vers la dame de tes pensées, emporté par ton cheval rapide ! La jeunesse sacrifie à l’amour et cherche le bonheur au milieu des ruines d’une société qui s’écroule, comme la fleur s’épanouit et cherche les atomes fécondants au milieu de l’orage. Et vous, mon Dieu, sagesse, équité, bonté souveraines ! détournez la coupe de la colère, et faites que ce qui est bon se sauve à travers tous les cataclysmes !




SCÈNE II


Dans le Jardin de Noirac


JENNY, COTTIN.


COTTIN, — Comment, déjà debout, mademoiselle Jenny ? Vous êtes matineuse ! Vous n’êtes pourtant pas obligée à ça vous ?