Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/294

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sais pas si, avec le cœur libre, j’aurais la force de me défendre du danger de vous entendre et de vous regarder ; mais je suis sûr de mon cœur, parce qu’il ne m’appartient plus, et que ce qui est donné je ne le reprends pas. Mon intimité auprès de vous, quelque exempte de soupçons qu’elle pût être, ferait souffrir un cœur que je veux précisément consoler, et douter un esprit que j’ai résolu de convaincre. Vous voyez que je ne suis pas libre d’accepter les flatteuses distinctions que vous m’offrez, et qu’il n’y a, dans mon refus, qu’un hommage rendu à l’importance d’une telle faveur. Mais voilà monsieur de Mireville qui vient ici, madame… Je crois qu’il veut vous parler, et je me retire.

DIANE. — Non, non ! Je vais au-devant de lui, et vous laisse achever vos ornements. Mais j’ai encore le temps de vous adresser une question. C’est donc la courtisane dont l’ascendant l’emporte sur celui de l’amie ? Je vous prenais pour un homme sérieux, pour un philosophe, sinon austère, du moins assez relevé dans ses goûts pour ne pas mettre en balance dans son esprit deux sentiments qui ne peuvent avoir entre eux aucun terme de comparaison. Je présume que mademoiselle Myrto n’est pas réellement partie cette nuit, et que nous aurons désormais l’agrément de son voisinage…

FLORENCE. — Sans répondre aucunement à votre commentaire indulgent, madame la comtesse, je vous déclare que si la personne dont vous parlez devait vous importuner de son voisinage, ou je n’en serais pas la cause, ou je quitterais votre maison immédiatement.

DIANE. — Vous auriez tort, et vous me causeriez un regret inutile, mon cher Marigny ! Le voisinage dont nous parlons ne pourrait avoir aucun effet dont il me fût possible de m’apercevoir. Allons ! à ce soir, au moins ! Jenny, qui, moins fière ou plus libre que vous, consent à être mon amie, soupera ici avec moi et mes nouveaux amis. Vous en serez pour la première fois, c’est ma volonté, et pour la dernière, puisque c’est la vôtre.

(Elle sort de la serre.)