Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/293

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DIANE. — C’est-à-dire que vous ne voulez pas être mon ami ? Eh bien, vous le serez malgré vous, monsieur de Marigny !

FLORENCE. — Marigny tout court, madame. On vous a mal informée de mon nom.

DIANE. — Bah ! cela est vrai comme le reste. Je jurerais que vous êtes d’une bonne famille !

FLORENCE. — Très-bonne, madame. Mon grand-père était un paysan.

DIANE. — Eh bien, qu’est-ce que ça me fait ? Croyez-vous que j’y tienne ? Au contraire, vous avez plus de mérite à être ce que vous êtes : un homme d’esprit, un homme de cœur, un homme du monde incomparable. Tenez, monsieur Marigny, je ne veux plus que vous puissiez souffrir de votre position actuelle vis-à-vis de moi ; je l’accepte entièrement. Je ne veux faire mystère à personne de votre mérite et du cas que j’en fais. Vous travaillerez aux fleurs le jour, et le soir vous viendrez au salon. Nous dînerons souvent ensemble, avec le curé, ou avec Gérard qui vous estime et vous aime, enfin avec tous ceux qui viendront me voir. Il faudra bien qu’on s’y habitue, ce sera une chose neuve, excentrique, progressive, comme vous dites…

FLORENCE. — Et qui vous amusera ? Je suis touché de vos bonnes intentions, madame la comtesse ; mais il n’en peut être ainsi…

DIANE. — Ah ! pour le coup, c’est trop fort, monsieur Florence, et cette résistance à des avances qui n’ont rien de féminin, je vous prie de le croire, ressemble à une fatuité dédaigneuse dont je ne puis accepter la pensée.

FLORENCE. — Voilà que vous vous fâchez, madame la comtesse ! déjà ! Vous voyez bien que ce rêve d’intimité évangélique est bien irréalisable de votre part.

DIANE. — Encore plus de la vôtre, à ce qu’il paraît !

FLORENCE. — Peut-être. Tenez, madame, je vais vous parler sans détour, et comme peut vous parler aussi bien un jardinier qu’un homme du monde. Vous êtes jeune et belle. Je suis jeune et ne suis point aveugle. Vous savez plaire souvent, vous le voulez toujours ; c’est votre droit. Je ne