Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/57

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calme et le silence. Chantons l’eau couverte de petites plantes flottantes, limpide, sous le rideau qui protège nos mystères. Chantons la nuit qui est belle et la lune qui nous regarde, et les étoiles qui se cherchent dans les petits miroirs que nous leur ouvrons en folâtrant à la surface de notre tapis flottant. Beau tapis vert, qui défends nos ondes des ardeurs du soleil, écarte tes plis à cette heure de loisir et de sécurité. Laissez-nous entrer et sortir, nous traîner sur la rive, nous suspendre aux gros roseaux, guetter l’insecte imprudent qui s’y est endormi, et puis rentrer, boire, chanter, causer, nager, barbotter, sommeiller, rêver !… Douce existence qui dure depuis la création de notre race bénie, et qui durera tant qu’il y aura de l’eau sous le ciel et des mouches autour de l’eau !

CHANT DES GRILLONS DES CHAMPS. — Riez, riez toujours, nos ailes sont gaies ! Venez, mes amis, riez, courez, sautez, la prairie est à nous. Pourquoi s’arrêter de rire et de chanter, et de s’appeler les uns les autres ? Le jour et la nuit ne sont pas trop longs pour redire la même chanson et faire la même gambade. C’est si bon de vivre et d’être grillon dans la prairie ! Le bon soleil nous a mis au monde pour être heureux, pour être fous, pour rire du soir au matin et du jour à la nuit. Rions vite, rions beaucoup, rions tous à la fois, et que notre vacarme remplisse d’aise la terre et les cieux.

UN LÉZARD. — Chut ! chut ! parlons bas ; rentrons dans nos tanières, il y a beaucoup de provisions à manger. Soupons en famille, tranquilles, satisfaits, et dormons bien. Ce qui se passe sur la terre à cette heure-ci ne nous regarde pas.