Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/89

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peu près nous-mêmes, ce bateau pittoresque. Il est tout de travers, aussi va-t-il de travers. C’est sa manière de voir. Nous lui avons cherché un nom flatteur tant qu’il a été sur le chantier ; le Cygne, la Mouette, le Phoque, la Flèche, l’Éclair, rien ne pouvait peindre la grâce ou la rapidité de son allure. Aussitôt qu’il a été sur l’eau, nous ne lui avons trouvé qu’un nom approprié à son infirmité, il s’appelle tout simplement le Mayeux.

RALPH. — Merci au Mayeux et à vous, surtout ! Si je ne vous suis pas importun…

EUGÈNE. — Tout au contraire.

RALPH. — Et si vous retournez à Noirac…

DAMIEN. — La faim nous y rappelle au plus vite.

RALPH. — Nous ferons donc route ensemble.

MAURICE — Oui, à condition que vous viendrez dîner avec Jacques chez nous, aujourd’hui.

RALPH. — De grand cœur, si Jacques n’a pas quelque empêchement.

MAURICE. — Et vous nous parlerez philosophie, car nous sommes dans une veine de raison.

DAMIEN. — Ou tout au moins de raisonnement. Ce sont les marionnettes qui nous ont suggéré des idées sérieuses.

EUGÈNE. — Fumez-vous ?

RALPH, — Jamais, mais j’aime à voir fumer.




SCÈNE VII


Au château de Mireville


JENNY, BATHILDE.


BATHILDE, reprisant des serviettes damassées à la fenêtre de l’office. À Jenny qui entre par la cour. — Venez, venez, mademoiselle Jenny : n’ayez pas peur des chiens ! C’est pour jouer ! Ici, Pâlotte ! à bas, Murmureau ! Allons, si j’y vas !… Entrez, mon enfant, je suis contente de vous voir. Avez-vous chaud ? voulez-vous boire un bon verre de vin muscat ?