Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/90

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JENNY, entrant dans l’office. — Je vous remercie, madame Bathilde ; je ne bois jamais de vin.

BATHILDE. — Eh bien, voulez-vous de la limonade, de la bière, du sirop de vinaigre ? Grâce à moi, il y a de tout ici. Attendez, attendez ! Eh bien ! mes clefs ! Les voilà ! Asseyez-vous.

JENNY. — Je ne veux absolument rien ; mais je ne vous en sais pas moins de gré.

BATHILDE. — C’est bien gentil à vous de venir me voir. Tenez, je suis contente d’avoir une personne honnête et sage comme vous à qui parler, car j’ai le cœur gros aujourd’hui, et j’étouffe.

JENNY. — Ah ! mon Dieu, pourquoi donc, madame Bathilde ?

BATHILDE. — C’est monsieur le marquis qui me cause des peines.

JENNY. — Comment cela ? N’est-il pas très-bien pour vous ?

BATHILDE. — Oh ! je voudrais bien voir qu’il ne fût pas bien avec moi, qui ai servi feu sa pauvre mère ! Moi qui l’ai vu naître et qui suis sa femme de charge depuis qu’il est au monde ! Sans moi, sa cuisine serait une gargote et son château une ruine. Mais je veille à tout, et s’il fait des sottises à Paris par sa mauvaise tête, je les répare ici par mon économie.

JENNY. — Des sottises ? Il en fait donc ?

BATHILDE. — Quel est le jeune homme riche, noble et beau qui n’en fait pas ? Votre maîtresse ne doit pas regarder à cela, elle qui est une femme du grand monde. Il fera comme les autres : une fois marié, il se rangera ! Cependant, si vous pensiez que ce que je vais vous dire lui fasse trop de tort auprès de madame la comtesse, j’aimerais mieux me taire. Je ne voudrais pas faire manquer à mon jeune maître un si beau mariage.

JENNY. — C’est donc quelque chose de grave ?

BATHILDE. — Tenez, vous ne le direz pas à votre maîtresse ? Promettez-moi que vous le lui cacherez.