Page:Sand - Le Diable aux champs.djvu/99

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FLORENCE. — Parce que j’étais bien sûr que vous ne sortiez pas ainsi seule pour votre plaisir.

JENNY. — Oh ! si je n’étais pas poltronne et qu’il n’y eût aucun danger pour moi, je courrais bien volontiers le jour et la nuit, car j’ai de bonnes jambes ! J’étais habituée à trotter, à Paris, et c’est bien beau, la campagne ! C’est bien plus beau que Paris.

FLORENCE. — Ah ! n’est-ce pas ?

JENNY. — Quand je suis arrivée ici, ce grand château, ce grand ciel, ces grands terrains, tout cela m’effrayait. Je n’étais jamais sortie de Paris, moi, et je ne croyais pas pouvoir vivre ailleurs. Mais, dès le lendemain, je me suis aperçue que la campagne, c’est vraiment le paradis, et, à présent, je ne voudrais plus jamais la quitter.

FLORENCE. — Mais la campagne doit vous rappeler cependant…

JENNY. — Elle ne me rappelle rien du tout.

FLORENCE. — Vous dites que vous n’êtes jamais sortie de Paris ! Vous n’alliez jamais vous promener le dimanche à Montmorency, avec…

JENNY. — Avec Gustave ? jamais ! Je n’avais pas le temps ; j’allais voir ma pauvre vieille tante, aussitôt que le magasin était fermé, et Gustave venait le soir manger des marrons avec nous. Nous faisions une partie avec ma bonne tante, et Gustave s’en allait à dix heures.

FLORENCE. — Ah ! je suis heureux… pour vous, que la campagne ne vous rappelle aucun souvenir attristant. Comme c’est beau, n’est-ce pas, de voir les étoiles et tout l’horizon.

JENNY. — Et comme l’air sent bon ici ?

FLORENCE. — Aimez-vous à entendre chanter tous ces oiseaux, tous ces insectes ?

JENNY. — Moi ? oh ! j’aime même à écouter chanter les grenouilles. Il me semble qu’elles se racontent tant de choses intéressantes ! Elles en disent tant, et elles se dépêchent tant !

FLORENCE. — La grive cause mieux et a bien plus d’esprit : L’entendez-vous ?