Page:Sand - Le Marquis de Villemer.djvu/360

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là les débris de sa pauvre carriole, et en une heure on gagna enfin le village des Estables.

Peyraque passa avec dédain devant l’auberge d’une certaine géante, aux jambes nues et au carcan d’or, véritable tardigrade d’une étrangeté repoussante. Il savait que le marquis ne trouverait là aucun zèle. Il le fit descendre chez un paysan qu’il connaissait. On s’empressa autour du malade en l’accablant de questions et d’offres qu’il n’entendait pas. Peyraque fit sortir d’autorité les inutiles, donna des ordres et agit lui-même. En peu d’instants, le feu flamba, et le vin bouillant écuma dans la chaudière. M. de Villemer, étendu sur une épaisse couche de paille et de gazon sec, voyait Caroline, à genoux près de lui, occupée à empêcher que le feu ne prît à ses vêtements et le couvant avec l’amour d’une mère. Elle s’inquiétait pour lui du breuvage terrible que Peyraque préparait avec force épices ; mais le marquis avait confiance dans l’expérience du montagnard. Il fit signe qu’il voulait lui obéir, et Caroline approcha en tremblant le gobelet de ses lèvres. Il put bientôt parler, remercier ses nouveaux hôtes, et dire à Peyraque, en lui serrant les mains, qu’il voulait être seul avec lui et Caroline.

Ce ne fut pas chose facile que d’obtenir de la famille d’abandonner son toit pour quelques heures. Les abris sont rares sous ce ciel inclément, et les troupeaux, unique ressource de Cévenols, sont logés de manière à ne point laisser de place aux habitants. Ceux-ci, en particulier, ont une réputation de rudesse et d’inhos-