Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/202

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fait son amie et la confidente de son sort précaire, avait ainsi réglé l’emploi de ses facultés, et la jeune fille, pénétrée de la sagesse de ses conseils, s’y était docilement résolue.

Cependant ce plaisir d’apprendre et de retenir les choses de l’esprit avait créé à l’enfant une certaine souffrance depuis qu’elle était privée de livres au milieu des ruines de Châteaubrun. M. Antoine eût fait tous les sacrifices pour lui en procurer, s’il eût pu se rendre compte de son désir ; mais Gilberte, qui voyait leurs ressources si restreintes, et qui voulait, avant tout, que le bien-être de son père ne souffrît d’aucune privation, se gardait bien d’en parler.

Janille s’était dit, une fois pour toutes, que sa fille était assez savante, et, la jugeant d’après elle-même, qui était encore coquette d’ajustements au milieu de sa parcimonieuse économie, elle employait ses petites épargnes à lui procurer de temps en temps une robe d’indienne ou un bout de dentelle.

Gilberte affectait de recevoir ces petits présents avec un plaisir extrême pour ne rien diminuer de celui que sa gouvernante mettait à les lui apporter. Mais elle soupirait tout bas en songeant qu’avec le prix modique de ces chiffons on eût pu lui donner un bon livre d’histoire ou de poésie.

Elle consacrait ses heures de loisir à relire sans cesse le petit nombre de ceux qu’elle avait rapportés de sa pension, et elle les savait presque par cœur.

Une fois ou deux, sans rien dire de son projet, elle avait déterminé Janille, qui tenait les cordons de la bourse commune, à lui donner l’argent destiné à une parure nouvelle. Mais alors il s’était trouvé que Jean avait eu besoin de souliers, ou que de pauvres gens du voisinage avaient manqué de linge pour leurs enfants ; et Gilberte avait été à