Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/201

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qu’elle ait eu le temps de se reconnaître et de se préparer à l’attaque ou à la défense !

Un peu excitée par les premières atteintes de cette flamme secrète, Gilberte les reçut d’abord en jouant. Sa sérénité n’en fut pas troublée à la surface, et tandis qu’Émile était déjà forcé de se faire violence pour cacher son émotion, elle souriait encore et parlait librement, en attendant que le regret de son départ et l’impatience de son retour lui fissent comprendre que sa présence allait devenir souverainement nécessaire.

Janille ne les quitta plus ; mais insensiblement leur conversation se porta sur des sujets où, malgré sa vive pénétration, Janille ne comprenait pas grand-chose.

Gilberte était instruite aussi solidement que peut l’être une jeune fille élevée dans un pensionnat de Paris, et il est vrai de dire que l’éducation des femmes a fait, depuis vingt ans, de notables progrès dans la plupart de ces établissements. L’instruction, le bon sens et la tenue des femmes chargées de les diriger ont subi les mêmes améliorations, et des hommes de mérite n’ont pas trouvé au-dessous d’eux de faire des cours d’histoire, de littérature et de science élémentaire pour cette moitié intelligente et perspicace du genre humain.

Gilberte avait reçu quelques notions de ce qu’on appelle les arts d’agrément ; mais, tout en obéissant en ceci à la volonté de son père, elle avait donné plus d’attention au développement de ses facultés sérieuses.

Elle s’était dit de bonne heure que les beaux arts lui seraient d’une faible ressource dans une vie pauvre et retirée, que le labeur domestique lui prendrait trop de temps, et que, destinée au travail des mains, elle devait former son esprit pour ne pas souffrir du vide de la pensée et du dérèglement de l’imagination.

Une sous-maîtresse, femme de mérite, dont elle avait