Page:Sand - Le Péché de Monsieur Antoine, Pauline, L’Orco, Calman-Lévy, 18xx, tome 1.djvu/213

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du siècle ne fut pas interrompue et s’acheva dans le plus profond silence.

« Eh bien, monsieur le marquis, dit Émile, étonné de cette tolérance apathique, acceptez-vous donc mes opinions, ou vous semblent-elles indignes d’être combattues ? »

M. de Boisguilbault ne répondit pas ; un pâle sourire erra sur ses lèvres, qui firent le mouvement de répondre et ne laissèrent échapper que le soupir problématique. Mais il posa la main sur celle d’Émile, et il sembla à ce dernier qu’une moiteur froide donnait cette fois quelque symptôme de vie à cette main de pierre.

Enfin il se leva et dit :

« Nous allons prendre le café dans mon parc. »

Et, après une pause, il ajouta, comme s’il achevait tout haut une phrase commencée tout bas :

« Car je suis complètement de votre avis.

— Vraiment ? s’écria Émile en passant résolument son bras sous celui du grand seigneur.

— Et pourquoi donc pas ? reprit celui-ci tranquillement.

— C’est-à-dire que toutes ces choses vous sont indifférentes ?

— Plût à Dieu ! » répondit M. de Boisguilbault avec un soupir plus accentué que les autres.




XVII.

DÉGEL.


Émile n’avait encore admiré le parc de Boisguilbault que par-dessus les haies et à travers les grilles. Il fut encore plus frappé de la beauté de ce lieu de plaisance, de la vigueur des plantes et de leur heureuse disposition.

La nature avait fait beaucoup, mais l’art l’avait secondée